JO +1 an, on l’avait bien dit…
Olympisme et agriculture, c’est quoi le rapport ?
A priori ça n’a rien à voir, mais pourtant ces deux mondes suivent les mêmes logiques de l’époque néolibérale et autoritaire que nous vivons. Oui cet évènement sportif international est le paroxysme du « spectacle » au service des grandes firmes capitalistes et du pouvoir. Et ce n’est pas quelques bons sentiments, quelques belles images de liesse qui effaceront les dérives du système autoritaire et obscur pour lequel la puissance publique s’est mise à genoux devant les exigences du Comité international olympique. Une organisation clanique qui impose son modèle et s’enrichit sans jamais rendre de comptes à personne(1).
Des bons sentiments et de belles images d’Epinal on nous en sert aussi beaucoup dans le domaine de l’agriculture, mais pour qui veut s’intéresser de près à la question, les fausses belles intentions cachent mal le désastre alimentaire, écologique, social et démocratique du système agricole actuel(2).
Alors si nous regardons sous le vernis des jeux, si nous décryptons les images, les réactions, comment ne pas voir de la propagande pure et dure au profit du pouvoir ? Il suffit de voir l’énergie et l’argent déployés pour que la flamme traverse la France en long, en large et en travers, pour comprendre la portée symbolique et toxique des jeux.
Ce rituel iconique du plus grand événement sportif, symbole de paix et de fraternité, est apparu en 1936 sous le IIIᵉ Reich (3). En effet déjà en 1936 le pouvoir nazi avait compris l’importance de l’usage de ces évènements à des fins politiques. C’est pourquoi il avait entrepris de remettre au goût du jour cette procession autour de la flamme telle une relique à la gloire aujourd’hui de Coca-Cola et ses acolytes mondialo-exploiteurs. A n’en pas douter, celles et ceux qui ont porté la flamme ne l’ont pas forcément fait pour glorifier le pouvoir en place ou promouvoir les entreprises multinationales, mais ils ont pour le moins étaient les pantins d’une mascarade bien huilée au profit d’intérêts réactionnaires, autoritaires et accapareurs.
Et ce n’est pas Pierre de Coubertin qui s’en plaindrait, issu d’une famille royaliste et fervente catholique, le père fondateur des Jeux olympiques s’est inspiré de différentes influences religieuses promouvant la culture du corps et de l’esprit pour peaufiner son projet. A la fin de sa vie, il va jusqu’à conceptualiser une « religion de l’athlète », s’inspirant de l’Antiquité grecque (4). Cette vision ne s’oppose en rien à la vision Nazi, et quid de la vision actuelle du sport ? Se pose-t-on seulement la question ?
Et quand on sait qu’une bonne partie des athlètes français-es sont des militaires, on sent l’odeur de cierge se mêler au bruit des bottes. Alors vous voyez l’extrême droite a encore de quoi être satisfaite même si la cérémonie aurait soit-disant heurter leurs valeurs nauséabondes. La vieille France réactionnaire n’est pas seulement dans les campagnes, comme aime le dire la bourgeoisie urbaine, mais bel et bien sur vos écrans.
Le pas de l’oie
Alors la garde républicaine peut bien danser sur « djadja », est ce que nous devons nous en satisfaire? Qui peut croire que quelques pas de danse avec une star, même issue des « minorités », fera oublier les politiques racistes de l’état ? Et si nous sommes tous et toutes d’accord pour dire que le RN est un parti raciste, même le pouvoir, alors interdisons ce parti plutôt que de le garder comme un éventail démocratique et que la social-démocratie arrête de mener des politiques d’extrême droite immédiatement.
Toutes ces anecdotes sont autant de divertissement à la pensée, aux réflexions et à la critique. Toute la garde républicaine peut bien zouker avec Philippe Poutou que ça ne changera pas leurs actes en application d’une politique autoritaire répressive. En effet, ôtez-moi d’un doute, la garde républicaine c’est bien la gendarmerie nationale ? Celle qui a assassinée Jérôme Laronze et Rémi Fraisse ? Celle qui a attaqué la ZAD de Notre Dame des Landes pendant des mois, qui combat tous les mouvements écologistes en France, qui mutile les militant-es, c’est de cette gendarmerie qu’on se gargarise ? C’est pour être certain…
Beaucoup ont la mémoire courte, et c’est bien là-dessus que s’appuient les rois. Mais ces grandes messes sportivo-patriotiques sont exactement faîtes pour ça, en plus de faire la promotion du capitalisme et des grandes firmes multinationales évidemment. Et c’est toujours étonnant de voir comme il est facile de mener les moutons à l’abattoir dans la bonne humeur médiatique ambiante. D’ailleurs quand on parle d’agriculteurs-trices à un téléspectateur, c’est quoi la référence à part « l’amour est dans le pré » ? Ou voit-on des agriculteurs dans leur travail à part dans ces divertissements mêlant clichés et mises en scène bidons ? La bonne humeur feinte de la présentatrice permet une fois de plus de passer sous silence la catastrophe en cours dans les fermes, le spectacle du pouvoir est l’ennemi de la prise de conscience.
La foire à tout
Dans le même genre ça ne coûte pas cher politiquement de mettre Zidane ou Jamel sur le devant de la scène, les « bons arabes », ceux qui ont réussi, ceux que même les électeurs du FN aiment, et cela pendant que les politiques économiques, sociales et sécuritaires restent infâmes dans les banlieues et que les « mauvais arabes » se font tirer dans le dos par la police. Ces stars, faisant dorénavant et de fait, partie de la bourgeoisie, voire de la grande bourgeoisie économique, devraient être considérées comme des sociaux traîtres par celles et ceux qui souffrent du traitement qui leur aient réservé par le pouvoir. L’inclusion, l’égalité, la solidarité et la justice pour tous et toutes sont bafouées pendant que les têtes de gondole sont exposés, un classique.
Pareillement, au ministère de l’agriculture vous trouverez évidemment une case pour le soutien aux politiques en faveur des produits régionaux, de l’artisanat, de la petite ferme familiale, de la nourriture de qualité, mais c’est pour mieux masquer les politiques infâmes, productivistes, destructrices, qui représentent la majorité de ce qui est produit en France.
En parlant d’inclusion, pourquoi les jeux paralympiques sont à part, après, quand plus personne ne regarde, quand la cérémonie de clôture est passée ? Soit disant que sinon ça fait trop de monde d’un coup… leur inclusion a des limites quand même, faut pas pousser mémé et son fauteuil roulant dans les orties.
Par contre pour la cérémonie, des femmes ont été mises en avant, et pas n’importe lesquelles ! Louise Michel et Gisèle Halimi ! Si nous sommes si contents de les voir apparaître, alors qu’elles disparaissent aussi sec, telle l’Arum Titan qui fleurit une fois tous les 10 ans, ça démontre sans doute à quel point on se contente de pas grand-chose. Toutefois à l’image de l’Arum Titan qui dégage une odeur nauséabonde, il semblerait que la vue de ces icônes féministes, sociales, voire révolutionnaires, ait provoqué la même sensation de dégoût que la fleur au nez d’Emmanuel Macron, maigre consolation. Faute de se mettre mieux sous la dent, on se contente d’apprécier la place de José Bové bien exposé au parlement européen, en se rappelant qu’à une époque il démontait les Mac Do…
Tâcheron-es olympiques
J’ai aussi une pensée pour celles et ceux qui travaillent pour les JO, celles et ceux qui ont un contrat de travail et sont rémunéré-es, pas celles et ceux qui donnent de leur temps libre pour la « bonne cause », non celles et ceux qui en ont fait leur projet professionnel.
Les pauvres, malgré la réussite logistique de l’évènement, et en plus des saloperies précédentes, ces personnes seront associées aux exclusions des étudiant-es, des sans-abris, des prostituées, bref des plus faibles, à la destruction d’espaces publiques, à la gentrification, à la répression des militant-es, parfois à leur arrestation ou interdiction de circuler préventive, aux intermittents dégagés des équipes techniques sur dossier parce que trop engagés, …
Je pense à toutes celles et ceux qui œuvrent à l’organisation des JO, souvent des cadres, la petite bourgeoisie diplômée, qui des années durant se sont donnés à fond pour mettre en branle les jeux, qui en sont les engrenages principaux, les petits cadres pleins de ferveurs et d’énergie, tellement contents de participer à un événement international branché, mettant en exergue la jeunesse, la performance, le succès, … bref un Graal pour le capitalisme. L’ambiance des jeux est également un excellent moyen d’embrigader les naïfs, là où chacun devrait refuser de parvenir pour amorcer un vrai changement. En effet, dans ces équipes recrutées pour quelques mois ou quelques années, il y a vraisemblablement tout un tas de personnes de bonnes volontés, ayant des convictions, et qui malheureusement croient possible un changement en faisant les mêmes choses, en servant le même pouvoir, en appliquant les mêmes recettes. Comme en agriculture, certains acteurs croient un possible changement sans toucher à l’essentiel mais en empilant des labels, par l’introduction de la robotisation, par un accroissement de la technique et de la gestion économique, bref c’est prendre des vessies pour des lanternes.
D’un côté comme de l’autre ils font durer le vieux monde et ses vieux monstres, et les salariés du comité olympique participent à l’outrance de tels évènements dans un monde qui a besoin de tourner la page du gigantisme, du consumérisme, et du divertissement face aux enjeux cruciaux d’aujourd’hui. Puissent-ils s’en rendre compte.
Syndicats de patrons
Même sophie Binet, secrétaire générale de la CGT veut « que les JO se passent bien » … dans ce cas il est inutile de réfléchir aux raisons des échecs successifs des mobilisations sociales dans ce pays. La direction de la CGT a choisi son camp, elle n’était déjà pas écologiste, pas antimilitariste, mais ce syndicat confirme son fond capitaliste et cogestionnaire. Le syndicalisme représentatif, comme leurs élu-es aiment s’appeler, se voit en outre incapable de proposer des alternatives radicales à la vision néolibérale du sport.
Elle souhaite simplement « garantir des conditions de travail dignes pour que les JO se passent bien », c’est bien le minimum syndical pourrait-on rétorquer, légal même. Mais malheureusement même ce piètre objectif concerne uniquement les derniers bastions où les syndicats sont encore présents. Dans bien des domaines, les salarié-es, sous-traitants ou indépendant-es sont bien seul-es face à leurs employeurs, qui plus est dans un monde du travail en perte de sens et toujours plus stressant et oppressant.
Ce syndicat, comme les autres, n’a pas non plus su syndiquer significativement les personnes travaillant dans les domaines issus des changements du monde du travail de ces 40 dernières années : Les indépendants, les précaires, les cadres, les employés de bureau, … même les ouvriers leur tourne le dos. Pas étonnant quand on ne défend aucune vision un tant soit peu émancipatrice et que l’on avale des couleuvres néolibérales à tour de bras. A ce rythme là, le syndicalisme salarié finira comme le syndicalisme agricole, les directions des organisations majoritaires seront les fers de lance des politiques néolibérales, anti-écologistes et antisociales.
Donc faire diversion, gesticuler, faire de l’esbroufe, greenwasher, tourner le monde en spectacle continue pour que rien ne change, voilà le véritable projet. Et face à cela les syndicats sont à la peine, pour ne pas dire complices, le public hypnotisé, les travailleurs-euses de bonne volonté, trompé-es et exploité-es, et ce sont en plus des bénévoles qui viennent permettent que tout tiennent debout, notamment les profits des actionnaires, tels les femmes d’agriculteurs sur les fermes, ou les retraités encore en activité auprès des enfants qui ont repris la suite des parents, et le woofing dans les fermes dîtes « alternatives », … Ha oui vraiment les JO ça ressemble au monde agricole.
Jean-Sébastien de la ferme Hébé et du syndicat CNT Manche
(1) https://www.mediapart.fr/journal/france/260724/pour-le-sport-contre-le-cio
(2) Voir la vidéo disponible sur YouTube : Comprendre la CRISE AGRICOLE en 100 minutes – l’Atelier Paysan – Sortie le 28 févr. 2024 Circular Metabolism Podcast
(4)https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2024/07/31/pierre-de-coubertin-du-catholicisme-a-la-religion-de-l-athlete_6262378_6038514.html